Notre propos n’est pas d’être exhaustif en la
matière mais simplement de donner quelques informations aux
personnes qui seraient victimes d’erreurs médicales et qui ne
sauraient pas à qui s’adresser ou comment procéder pour
obtenir une juste réparation.
Au fil du temps, la responsabilité médicale
s’est progressivement développée, au point parfois que dans
certains pays comme aux Etats-Unis, certains praticiens de
l’art de guérir ne trouvent plus facilement de compagnie
d’assurances qui accepte de les couvrir pour leurs fautes
professionnelles éventuelles.
Qu’en est-il en Belgique?
On considère généralement que les obligations du
médecin quant à la santé de son patient sont des obligations de
moyen et non de résultat, parce qu’il ne semble pas possible
de garantir la santé du patient vu la complexité du corps humain;
ceci ne s’applique qu’aux domaines où il subsiste un
aléa, ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne la qualité
du matériel standard éprouvé comme du matériel chirurgical, une
prothèse (par exemple une fausse dent ou un pacemaker), ou une
table d’opérations. Quand il s’agit d’une
obligation de moyen, en cas de sinistre, ce sont toujours le
patient ou ses ayant-droits qui devront prouver la faute du
praticien, le dommage subi et le lien de causalité entre les
deux.
Actuellement, en ce qui concerne le matériel
médical, on considère qu’il s’agit d’une
obligation de résultat, ou à tout le moins de sécurité.
De quels moyens d’action dispose une personne qui se sent
lésée par rapport aux soins qu’elle a
reçus ?
- Le code pénal en ses articles 418 et suivants
punit les blessures et l’homicide involontaires.
- Le code civil en ses articles 1382 et suivants stipule que la
personne qui a causé un dommage à autrui doit le réparer.
- Existe aussi, la responsabilité contractuelle du médecin ou de
l’institution qui l’emploie.
- Ceci suppose un contrat entre les parties ce qui est exclu en cas
d’urgence notamment.
C’est le juge du fond qui en définitive apprécie
souverainement les faits dont il déduit l’existence
d’une faute contractuelle ou quasi-délictuelle. (1)(2)
De plus en plus, on reconnaît au patient le droit de consulter son
dossier médical et aussi d’en obtenir copie en cas de
litige. Il doit s’agir de toutes les pièces
du dossier exception faite des notes personnelles du médecin.
(3)
Le dossier médical est la propriété du patient et
non du médecin. (4) Et la personne doit être informée avant une
opération notamment de tous les risques encourus et si possible
donner un accord écrit attestant de la connaissance des
risques.
Quelle voie choisir pour la victime d’une erreur
médicale?
En pratique, vu la complexité de la matière, ce
sera difficile de se passer des services d’un avocat pour
intenter une action. Il existe au Palais de justice un service
«avocat pro déo», pour les personnes qui seraient dans
l’impossibilité financièrement de faire face aux frais
d’honoraires d’un avocat.
Les frais d’expertise sont souvent très lourds à avancer pour
les victimes d’autant plus que dans la plupart des cas, une
procédure judiciaire met des années avant d’aboutir. Pour cet
ensemble de raisons, il fallait trouver une solution plus rapide et
moins onéreuse pour la victime. C’est ce que prévoit le
projet de loi du Ministre de l’Economie Charles Picqué
intitulé
«la réparation des accidents thérapeutiques» annoncé dans un
conférence de presse du 31 mai dernier.
Que prévoit ce projet?
Un mécanisme basé uniquement sur le dommage et non
sur la faute.
Pour qu’il y ait accident thérapeutique au sens du texte,
trois conditions doivent être remplies :
- Une atteinte à l’intégrité physique du patient.
- Pendant et par une prestation de soins.
- Ayant pour conséquence un dommage anormal, c-à -d un dommage qui
soit aurait pu être évité compte tenu de l’état du patient et
des données de la médecine, soit était inévitable, mais sans
commune mesure avec ce qui était probable.
Cela va de l’instrument oublié dans le ventre d’un
patient au mauvais dosage de produit en passant par les erreurs de
diagnostic et les infections en milieu hospitalier.
La victime doit simplement prouver son dommage mais
plus une faute.
L’indemnisation des accidents thérapeutiques sera confiée à
un fonds financé par l’Etat fédéral. Son conseil
d’administration sera composé de représentants des milieux
intéressés: médecins et autres praticiens, hôpitaux, associations
de patients, etc.
La procédure durera 6 mois maximum. Les experts
seront à charge du fonds. La victime ne devra pas faire appel
obligatoirement à un avocat.
Un recours contre les décision du fonds a été prévu
devant le tribunal du travail (en raison des compétences de cette
juridiction en matière de lésions corporelles dans le cadre des
accidents du travail).
Le système que le projet de loi instaurera sera
supplétif: le passage par le fonds ne sera pas obligatoire. Mais si
la victime choisit la procédure de droit commun, elle ne pourra
plus agir devant le fonds. Si elle accepte la proposition
d’indemnisation du fonds, elle ne pourra plus retourner
devant le tribunal exception faite des procédures pénales et
disciplinaires parce que la procédure devant le Fonds sera de
nature civile.
Comme le fonds sera financé principalement par
l’Etat fédéral, les indemnisations du fonds viendront
compléter les prestations de sécurité sociale et non s’y
substituer.
Pour des raisons budgétaires, il faut signaler que les
indemnisations seront limitées quant à leur montants.
D’autre part, le projet de loi évoqué rend
l’assurance responsabilité du médecin obligatoire - ce qui
n’est pas le cas à l’heure actuelle, et sera utile si
la victime choisit la procédure judiciaire.
La mission de prévention du fonds sera importante: il aura une vue
globale de tous les incidents. Il devra faire un rapport de ses
activités. Les statistiques et le rapport seront à la disposition
de tout intéressé (il faudra suivre les débats parlementaires pour
savoir si toute personne pourra avoir accès au rapport et ce que
comprendra ce rapport).
La loi sera sans doute effective en Belgique en
2003.
Et qu’en est-il dans les autres pays
d’Europe ?
En Italie, l’indemnisation des incidents
thérapeutiques est toujours réglée par les tribunaux de droit
commun.
En Allemagne et en Suisse, il existe des instances de
médiation.
Au Danemark et en Suède, les notions de responsabilité médicale et
d’indemnisation sont déjà séparées (5).
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