Issu d'une famille modeste (son père était associé coiffeur, sa
mère ouvrière) et antifasciste, Serge Reggiani arrive en France à
l'âge de huit ans avec sa famille, à Yvetot en Normandie. Il
suit d'abord les traces de son père comme apprenti coiffeur, puis
après la lecture d'une petite annonce, s'inscrit au Conservatoire
des arts cinématographiques, à Paris, où la famille s'est installée
depuis.
Il y reçoit en 1938 le 1er prix de
comédie avant de s'inscrire en 1939 au Conservatoire national d'art
dramatique.
Il commence alors une carrière au théâtre en
1941
dans Le Loup-Garou de Vitrac. Il interprète ensuite
Britannicus auprès de Jean Marais, puis
joue dans Les Parents terribles de Jean
Cocteau.
En 1943, il rencontre la comédienne Janine Darcey
en tournant
Le Carrefour des enfants perdus de Léo
Joannon, qu'il épouse en 1945, ils auront deux enfants,
Stéphan et
Carine, à qui il transmettra la fibre artistique. Ils divorcent
en 1955.
Après la guerre, il apparaît très souvent au théâtre ou au
cinéma :
(Les Portes de
la nuit en 1946, Casque d'or
en 1952, qui lui permettra de rencontrer celle qui restera toujours
son amie, Simone
Signoret). Il est un comédien reconnu. La chanson n'est pas
encore entrée dans sa vie.
Entre 1958 et 1963, il a avec sa nouvelle compagne, Annie Noël,
trois autres enfants, Célia, Simon puis Maria.
Il s'orientera vers la chanson à partir de 1963, grâce à
Jacques Canetti,
rencontré chez ses amis Signoret et
Montand. Son premier
disque sorti en 1965 est composé de chansons de Boris
Vian et rencontre un franc succès. En revanche, la scène ne lui
réussit pas car il est paralysé par le trac.
Au théâtre en revanche, sa performance dans Les Séquestrés
d'Altona de Jean-Paul
Sartre est particulièrement saluée.
En 1966, Barbara, séduite par son
album de chansons de Boris Vian, lui
propose de faire la première partie de son tour de chant. Il entre
alors sans le vouloir en concurrence avec son fils Stéphan qui
tente de percer en tant que chanteur.
Barbara l'aide à travailler sa voix. Il interprète avec un beau
timbre de baryton
Le Barbier de Belleville, Ma Liberté, Les Loups sont entrés
dans Paris, Sarah (« La femme qui est dans mon lit n'a
plus vingt ans depuis longtemps »), Venise n'est pas en
Italie ou encore Le Déserteur de Boris
Vian.
Il est très apprécié de la jeunesse de 1968. Son fort engagement
à gauche et sans doute les textes de Vian séduisent.
Il compte des paroliers prestigieux : Pierre
Tisserand, Serge Bourgois, Albert Vidalie et
ultérieurement Jean-Loup
Dabadie qu'il rencontre sur le tournage de Vincent,
François, Paul et les autres en 1974, ou encore Maxime Le
Forestier, Georges
Moustaki, Serge
Gainsbourg dans les années 1970. Son fils Stéphan ou sa femme,
Annie Noël, écriront également pour lui.
Claude Lemesle
apparaît dans les années 1980, qui écrira de très nombreux textes
("Venise n'est pas en Italie", "Le Souffleur", "Le Barbier de
Belleville") et assurera la direction artistique des derniers
albums. De jeunes paroliers, tels Philippe
Sizaire ou Marilena Orlando lui écriront des textes dans les
années 1990. Il chantera également les mots de Didier
Barbelivien. Michel Legrand,
Alain Goraguer et
Jacques Datin lui
composeront des musiques.
En 1973, sa femme Annie Noël
s'éloigne. À la fin des années 1970, il se produit sur scène avec
son fils Stéphan,
puis avec sa fille
Carine. Un album est publié, la critique n'est pas tendre.
Noëlle Adam
partage ensuite sa vie.
En 1980, à l'âge de 35 ans, son fils Stéphan
met fin à ses jours dans la maison de Mougins où il se trouve
avec sa femme et sa grand-mère.
Bien qu'il ressente moins de goût pour la chanson, Serge
Reggiani, soutenu par ses amis, trouve dans le travail la force de
lutter contre la dépression et l'alcoolisme pourtant présents. Il
continue ainsi de produire des albums qui bénéficient de la faveur
du public et rencontre également un grand succès à l'Olympia en
1981.
Au cours de la décennie 1990, il reprend goût à la vie et se
produit sur de nombreuses scènes : le Palais des Congrès, les
Francofolies, l'Olympia. Il
sort un album par an dont 70 balais, puis un tous les deux
ans. Il exerce ses dons comme peintre et expose ses
œuvres.
Il tient en 1991 le premier rôle de Soutien de Famille,
le film de son fils Simon, devenu réalisateur.
Il se produit à Reggio d'Émilie, sa ville d'origine, puis encore
à Paris à la fin des années 1990.
En 2002, l'année de ses 80 ans, de nombreuses personnalités lui
rendent hommage au travers d'un album nommé Autour de Serge
Reggiani. Il reçoit l'année suivante une Victoire
d'honneur ainsi que la cravate de commandeur de l'Ordre
du Mérite, remise par Jacques Chirac.
Il se produit encore la même année sur de nombreuses scènes
françaises et internationales. Il continue aussi d'exposer sa
peinture.
Il transmet son talent également à son petit-fils Nicolas, le
fils de Stéphan. Nicolas devient également chanteur.
En 2004, il meurt d’une crise cardiaque à l'âge de 82 ans.
Il repose au cimetière
du Montparnasse.
Il reste un artiste majeur de la chanson française.
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